Apocalypse

L’indispensable curiosité

Tous les enfants que nous avons été étaient curieux. Curieux de tout savoir, de tout connaître, de découvrir, le pourquoi, le comment. On nous a répondu, plus ou moins, précisément ou vaguement, avec sourire ou soupir, et l’éducation que nous avons reçue nous a guidés :  à l’être encore davantage pour les plus chanceux, ou à ne plus chercher à comprendre pour d’autres.

Pourtant la curiosité nous entraîne, nous mène sur des chemins qu’on aurait laissés, dotés qu’on est parfois de sombres œillères. Elle détaille le pourquoi, creuse dans le comment, et appelle les « et si ».

Et si on faisait autrement ? Et si je décidais d’être acteur ? Et si mes choix étaient éclairés et apportaient lumière à ceux qui n’ont pas ou pas assez bénéficié de l’esprit curieux ?

Par l’exemple on amène bien des événements, petits ou grands. Par l’exemple on fait bouger les choses, les mots, les idées. Par l’exemple, on insuffle l’envie d’imiter, d’initier, de communier.

Apocalypse

Soyons curieux. Curieux de tous, de nous, d’eux. De ce dont quoi on se couvre, dans quoi on se love, de ce qui emplit notre estomac et qui forme nos muscles et renforce nos os. Curieux de la manière dont tout est formé, dont tout est cultivé, mélangé, créé, élevé, préparé. Il n’est plus de ce temps de faire l’autruche, de dire qu’on ne savait pas, qu’on a pas été avertis. Ce n’est plus vrai, à l’époque d’internet et de la surinformation. Nous pouvons choisir de ne pas être curieux, et l’assumer, mais nous pouvons aussi décider d’être conscients de notre pouvoir. Car oui : consommer, décider, refuser, c’est un pouvoir. Le pouvoir de ne pas cautionner, ou au contraire d’encourager. Nous avons la chance d’avoir un choix immense de consommation. Faisons-en une consomm’action, et doucement, par l’exemple et avec enthousiasme, entraînons nos proches et nos moins proches avec nous.

Dénoncer la publicité qui nous entraîne dans sa folie consumériste sans jamais nous laisser souffler et se demander « pourquoi », « comment », « et si » je pouvais faire autrement/par moi-même/mieux. Délaisser les habitudes acquises par imitation, ou plutôt les remettre en question, une par une, sans se presser, mais y réfléchir en profondeur pour créer sa propre image des choses. Il ne s’agit pas de tout changer demain. Vous êtes formés de tout ce que l’on vous a appris depuis des années, vingt ans, peut-être trente ou quarante. Vous ne pourrez rejeter tout d’un bloc, et tout n’est probablement pas à rejeter. Prenez le temps de trier. De réfléchir. D’apprendre ou d’approfondir la curiosité de chaque chose.

Cultiver la curiosité, quand on en a pas eu l’habitude peut être long, parfois fastidieux. On avance, sans y penser, et on revient en arrière car on a agi par habitude, sans se poser les bonnes questions. Alors on recommence, et on met en pratique une rythmique qui se rode au fur et à mesure. Pourquoi j’agis ? Est-ce en accord avec mes valeurs ? Est-ce que cette action est dictée par quelque-chose ou quelqu’un, ou par une envie personnelle et profonde ? On rejoint finalement le domaine de la pleine conscience, également appelée présence attentive. Les sollicitations extérieures constantes, les notifications sur notre smartphone, la publicité visuelle dans la rue, sonore à la radio, tout est fait pour que nous ne soyons finalement que rarement seuls avec nous-même. Et pour voyager à travers la pleine conscience, il est indispensable de se retrouver soi-même. De prendre conscience de ce qu’on fait, des sensations que cela nous procure.

C’est un travail qui demande du temps, mais qui petit à petit apporte de réels bienfaits : simplifier sa vie, augmenter le temps que l’on a pour soi et pour les autres, moins dépenser et donc moins s’inquiéter de notre aisance financière. L’esprit s’allège, s'aiguise et ne demande qu’à être nourri.